lundi, avril 03, 2006

L'avis d'un spécialiste

« Les forces de l'ordre sont dans la situation de la bataille d'Azincourt [défaite des Français face aux Anglais en 1415] : un face à face entre un escadron lourd et blindé et des petits groupes d'archers très mobiles. » Alain Bauer, le 27 mars 2006.

L'information n'est plus toute jeune, au regard de l'actualité galopante, mais ces considérations « stratégiques » de notre grand spécialiste national es sécurité (Pourquoi des CRS inefficaces face aux casseurs? avec en prime une superbe photo de ce gros porc) peuvent être dégustées à froid. Elles méritent même qu'on s'y attarde surtout que je ne crois pas qu'on les ait déjà signalées sur Indy. Pöurtant c'est toujours utile de connaître le point de vue de l'adversaire et celui qui avait prêté attention à l'exposé dans la presse des plans de Sarkozy, décidé à reprendre les choses en main pour la manif de mardi après ces premiers constats d'échec (cf. l'encadré au bas de l'entretien avec Bauer et les révélations du torchon de July et Rothschild), pouvait prévoir assez bien ce qu'il allait se passer à Répu.

Depuis la situation a changé, avec une première marche nocturne. Bien sûr cela ne se décide pas comme cela une manif « spontanée », mais rien n'empêche d'y penser et plus on est à y penser...

Rompre le face à face

Transformer le face à face décrit par Bauer en guerre de mouvement permet bien sûr de bien mieux tirer partie de la situation. Certains parmi nous nous rappelaient même, se référant aux actions contre les grands sommets, que plusieurs petites manifs étaient plus efficaces qu'une grosse. Encore faut-il être assez nombreux, mais les flics peuvent aussi se charger de le faire pour nous : le 31 la manif était déjà dangereusement distendue, avec une avant-garde assez sauvage en éclaireur et des attardés sur le boulevard de Clignancourt, quand notre accompagnateur des RG (vous savez un petit mec brun, toujours le même depuis des années, qui se balade tout tranquille avec son talkie à nos côtés - même s'il a dû un peu presser le pas cette fois pour gagner le haut de la rue Lepic - mais qui est quand même le coordinateur des troupes adverses) est passé à ma hauteur en donnant l'ordre de briser le cortège et de faire des interpellations (« Là ça casse ») ce qui fut fait dans les cinq minutes.

Azimut brutal

Il n'y a pas trop de regrets à avoir, car on commençait aussi à être fatigué, quoiqu'en dise le slogan... mais cela aurait pu arriver plus tôt. D'où l'importance de désigner des objectifs clairs pour éviter que la première charge ne sépare le cortège en plusieurs groupes errants au hasard, ce qui faisait la force des manifs lors des sommets puisqu'il s'agissait d'atteindre et de pénétrer dans une zone déterminée, celles où se tenaient les conférences. C'est plus difficile à Paris où les lieux du pouvoirs sont si nombreux, mais même un objectif quasiment impossible à atteindre (ex. l'Elysée) permet de poursuivre la marche dans une direction commune, par des chemins différents, aux groupes de se recomposer pour d'autres convergences, diversions (jouer la dispersion des keufs cette fois). Et au passage, se fixer l'Elysée, cela permettrait de porter l'agitation dans d'autres quartiers, de l'Ouest, encore bien épargnés, mais ce que j'en dis, moi...

Répression / violences policières / LCE CPE CNE / Luttes Sociales / Médias / Police / Justice / Prisons Repression / violences policières / Travail

Strategix

1 commentaire:

Archivix a dit…

L'idée de la marche vers l'Elysée est reprise dans « La tentation radicale des activistes », article dans lequel Libération révèle à ses lecteurs, le 4 avril 2006, soit avec quelques retard sur d'autres titres de la presse, l'existence d'Indymedia, ce forum des adversaires les plus déterminés de notre monde. L'article qui faisait aussi référence à un autre de nos textes qui n'a pas encore été reproduit ici n'est plus disponible mais on peut toujours lire les commentaires sur Indy. Depuis, la nuit de l'élection de Sarkozy, quelques barrières ont bien entravé un instant la circulation place de la Concorde vers quatre heures, une voiture aurait failli brûler près du Fouquets mais l'intensité des luttes visibles est bien faible dans le coin comme ailleurs. Cela dit, on a autant de chance maintenant de croiser Sarko sur un col du tour, en pleine jungle, auprès des restes d'un car de pélerins polonais après le grand plongeon ou sous la tente de Khadafi qu'à l'Elysée qu'il ne traverse plus qu'au pas de charge.

Karl Laske, quant à lui, est toujours journaliste à Libération. Il vient d'ouvrir un blog « Indociles , Chronique
de la contestation »